15.04.2007

De la visibilité volontaire et appuyée

 

Pourquoi ? Pour ne pas laisser l’autre me définir avant que je n’ai eu le temps de le faire. La domination d’un groupe social sur un autre se fait par le principe de définition de l’autre. Ils me décrivent comme telle, donc, ils me dominent socialement. C’est ainsi une manière de lutter contre l’homophobie, la visibilité étant une visibilité collective valorisante. Puisque les homophobes tiennent absolument, à défaut de nous faire « soigner », à nous tenir cacher, ils auront mon retour de veste. Je ne rentrerai pas dans leur jeu, au contraire. C’est l’effet boomerang.

 

Lorsque l’on croise un individu dans la rue, d’avance, on le sait hétérosexuel. Ce n’est, certes, qu’un présupposé, mais qui se révèle juste dans la majorité des cas. Si, dans la rue, on est capable de connaître les orientations d’une personne hétérosexuelle, pourquoi pas celles des autres ?

A cela, vont s’insurger bon nombre de personnes. A commencer par les hétéros, se défendant de le clamer haut et fort. Ils ne font -prétendument- rien pour que ça se voie, c’est « la norme ». Monsieur sort en ville avec Madame, ils passent inaperçus dans la rue, personne ne se retourne, personne ne perce du regard. Or, si Mademoiselle sortait avec Mademoiselle, ou Monsieur avec Monsieur, ô combien seraient nombreux les coups d’œil soupçonnant une différence soi-disant majeure et visible ?

Toutefois, les homos eux-mêmes s’indigneront du fait de vouloir afficher au grand jour cette part d‘eux-mêmes. Ne sont-il pas nombreux à stigmatiser les « fashion victims », ou encore les filles tatouées, aux cheveux courts et décolorés, ces stéréotypes qui donnent selon eux une image des homos bien souvent loin de la réalité ?

S’il ne faut pas qu’elle soit affichée à n’en plus finir, l’homosexualité ne doit pas non plus être cachée justement du fait du regard critique que la société lui porte : ce n’est pas parce qu’il reste beaucoup de travail à faire pour changer les mentalités, ce n’est pas parce que l’homophobie est encore bien réelle est pas seulement un phénomène latent, ce n’est pas parce que des gens sont encore choqués de voir deux individus du même sexe se donner la main qu’il faut à tout prix dissimuler sa véritable nature. Bien au contraire.

En quoi cela dérangerait alors que je porte un tee-shirt avec une inscription ou un dessin explicite de mon homosexualité ? Peut-être qu’un « gouine et fière de l’être » serait également un doigt d’honneur aussi fort aux homophobes et aux ultraconservateurs que le doigt que nous devrions tous tendre aux fachos ou aux sarkosistes en mal de lois abhorrées.

Si je suis, après avoir eu honte, après m’être vomi, après avoir eu peur, après avoir était terrifiée à l’idée de ne pas être comme eux, après m’être repoussée, détestée, désormais capable d’assumer ma différence, pourquoi devrais-je me priver de renvoyer à la gueule de mes ennemis ce qui leur fait le plus peur : ladite différence ?

Si certains sont fiers d’être blond aux yeux bleus, si d’autres se targuent d’un quelconque talent inné, pourquoi ne pourrais-je pas affirmer et confirmer mon orientation sexuelle, et, à l’inverse, pourquoi me conseille-t-on de toute part de n’en dire le moindre mot ? Qu’à cela ne tienne, je dirai tout.

Loin d’être, malheureusement, un virulent pamphlet, cet essai prend un inéluctable faciès de besoin exagéré de reconnaissance. « Regardez-moi ! Regardez-moi !» Ceux qui y verraient cela n’auraient pas saisi le fond de ma pensée, que je peine à expliquer clairement. Il a été, de tout temps, considéré comme une tare d’être homosexuel. Bon nombre de gens l’ont refoulé au plus profond d’eux-mêmes, et n’auront ainsi pas pu vivre complètement heureux. S’ils avaient agi autrement que par ce rejet, celui de sa propre nature, ils auraient soufferts de discrimination, de mal-être, et, selon l’époque, de sentences pénales : prison, mort. L’homosexuel est donc condamné à souffrir. L’est-il à ce point ? Alors que les temps et les mœurs tendent à changer par endroit, ne serait-il pas déraisonnable de se croire encore quelques décennies en arrière ? Le cheminement est long, les mentalités ne changent pas si vite qu’on voudrait nous le faire croire. Les gens se disent ouverts et tolérant, mais confrontés à la question de manière plus ou moins directe (découverte de l’homosexualité d’un proche…), il n’y a plus personne. Mais en France, l’homo n’est plus pendu, ou du moins, pas par la justice hexagonale. Somme toute, se complaire dans l’adversité n’est-il pas une solution de facilité ? Seulement, pour éviter ce genre de comportements, encore faut-il avoir fini l’acceptation de soi-même, un cheminement généralement douloureux, et presque toujours long, long, long.

Puisque pour moi, cette démarche introspective est désormais révolue, je veux me confronter aux regards extérieurs, et montrer qu’aussi étonnant que cela puisse paraître, de nos jours, les gays et les lesbiennes, les bis, les trans, n’ont plus aussi peur qu’avant de se montrer, d’ÊTRE, d’aller et venir, sa propre main dans celle de son ou sa bien-aimé/e. Et que la fin de cette domination à sens unique qu’exercent les hétéros sur les homos n’en a plus pour très longtemps. L’égalité totale des droits tout d’abord, et le plus long à venir, à savoir l’évolution parfaite des mentalités, en seront la preuve. Tout est une question d’éducation.

Et le mariage gay, alors ?

medium_votezlepen.jpg
 Le premier tour des élections est dans une semaine. Aïe… J’ai bien peur qu’un homophobe prenne le pouvoir. Non, je ne pense ni au leader du f-haine, ni à de Villiers, mais bien à Sarko, voire même Bayrou. « Comment donc ? » me direz-vous ? Ils affirment pourtant ne pas l’être ! Aha, bien sûr, mais si, ils le sont. Et implicitement ils sont sexistes aussi.

Je m’explique. Ceux qui clament haut et fort que le mariage civil représente une institution hétérosexuelle, que c’est une tradition que l’on ne peut en aucun cas modifier, mais qui se défendent d’être homophobe ou sexiste sont des menteurs ! Ceux-là propose une union civile différente mais qui proposerait les mêmes avantages. C’est bien qu’ils ne sont pas homophobes, voyons ! La preuve, ils veulent même enrayer les discriminations grâce à cette nouvelle union ! Et de la sorte, tout le monde est content : les conservateurs, les traditionalistes ou les braves citoyens qui ont dans la tête que mariage = un homme et une femme, ET les homos qui peuvent enfin bénéficier des mêmes avantages fiscaux et de succession qu’un couple marié ! Et bien, non. Les homos ont de quoi ne pas être satisfaits, pour la simple et bonne raison que la discrimination est encore là. Si par principe, le fait qu’un couple homo soit légalement reconnu et bénéficie des mêmes acquis qu’un couple hétéro, pourquoi créer une autre union que le mariage ? Pour « préserver » le mariage ? La tradition ? Mais alors, c’est bien qu’il y a une hiérarchisation des couples ! Les hétéros peuvent se marier, les homos non. Et qui dit hiérarchisation, dit homophobie. N’est-ce pas monsieur Vanneste !

L’autre argument des détracteurs de l’égalité des droits entre homos et hétéros, notamment de Sarko, c’est que le mariage homo rendrait possible l’adoption, et alors là, ma bonne dame, l’homoparentalité, c’est hors de question ! Mais être contre, qu’est-ce que ça signifie ? Et c’est là que le sexisme et le patriarcat font surface.

Ce n’est pas compliqué, à vrai dire. Deux hommes pourraient alors élever un enfant, le chérir, s’en occuper. Être parent. Mais…et la femme, dans tout ça ? Ben oui, la femme, son rôle, c’est bien « de reproduire », d’élever les enfants, de rester à la maison pour s’occuper de tout, changer les couches, faire la popote, et tout ce qui va avec ! Non ? Vous êtes sûr ?

Eh oui ! Il y a un énorme fond sexiste à tout ça. Un enfant doit avoir un père et une mère, pour qu’il apprenne dès son plus jeune âge que c’est maman qui tient la maison propre, et que c’est papa le chef de famille, qui ramène les sous à la maison et qui commande. De la sorte, le schéma patriarcal s’encrera dans son esprit sans qu’il ne s’en rende compte, et il le perpétuera à son tour.

Bien sûr, ils se défendent d’un tel propos, le risque d’insurrection serait bien trop fort. Alors ils cachent cela sous une autre forme. Un enfant a besoin d’équilibre. Et comme chacun le sait, l’équilibre ne se mesure pas en fonction de l’amour reçu, mais en fonction de son degré d’assimilation et de reproduction des normes hétérocentrées, et donc patriarcales.

Que se cache-t-il sous ce terme plus ou moins vague d’équilibre ? Là encore, la réponse est évidente : que l’enfant ne devienne pas homo à son tour ! Que son comportement sexuel ne soit pas tout chamboulé par celui, déviant, de ses parents, bien sûr ! Parce que bon, pour les homos actuels, le mal est fait, tant pis c’est trop tard, de toute manière, les électrochocs, on a déjà essayé, et ça ne marche pas ! Mais si on peut éviter leur prolifération, autant tout mettre en œuvre à cet effet… D’ailleurs, Sarko l’a dit, c’est donc vrai (!) c’est dans les gènes (ça et la pédophilie, aussi), c’est donc que ça peut se soigner, il ne reste qu’à trouver les médicaments ! Toujours est-il que si l’orientation sexuelle des parents influençait leur progéniture, ça se saurait, et moi, ben je serais tout ce qu’il y a de plus hétéro !

Vouloir, et se battre pour l’égalité des droits entre homos et hétéros, c’est aussi lutter contre l’homophobie et l’hétéropatriarcat. C’est pour ça qu’il faut se battre pour le mariage homo, même lorsque l’on est contre le mariage en général, et contre toutes les institutions qui tendent à régir la vie privée.